SE CONNECTER À LA JOIE DE L’ADOLESCENCE.

EN ROLLER. J’ai reconnecté à la joie d’être une ado qui patine à toute vitesse sur le bord de plage. J’ai, à nouveau, chaussé mes rollerskates collector que j’ai depuis mes 16 ans et que j’avais délaissé depuis trop longtemps ! Ils filent toujours à vive allure grâce à des roulements de grande qualité et moi, emportée par la cadence, je ressens une folle liberté, cheveux au vent. Je fonce, tout est possible.

J’avais 13 ans, à Middelkerke, sur la côte belge de la Mer du Nord… Voici un texte inspiré de mon enfance, tout était déjà là. Merci Mamy.

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« J’m’en fous, j’m’en fous de tout. J’m’enfuis, j’oublie.

Je m’offre une parenthèse, un sursis. »

J’enfile les patins à roulettes bleu et jaune. Jean-Jacques Goldman dans les oreilles, baladeur en bandoulière, je décolle.

Depuis le balcon du deuxième étage, Mamy veille d’un œil protecteur sur les mouvements glissés, derrière ses lunettes à double foyer. Je sens un regard affectueux sur les cabrioles. Sous son tablier fleuri, la reine de Middelkerke observe l’agitation estivale depuis son perchoir face au casino : la matriarche veille sur son monde et ses sept petits-enfants.

« J’m’enfuis, j’oublie.
Je m’offre une parenthèse, un sursis. »

Je glisse à vive allure sur ma révolte puante et tonitruante de jeune ado révoltée. Les roues jaunes déguerpissent au loin.

La digue de Middelkerke s’ouvre sur ma liberté. Je démarre la course déchaînée sur l’aire de location des cuiss-tax. J’ai treize ans et je me fous de tout. Rien n’entravera mon passage ! Les vélocipèdes à deux et quatre places sont bien garés, à côté des voiturettes de course et des go-karts. Le tornado rouge nargue de sa bannière flamboyante jaune. Un tour pour une demi-heure sur le quad vert, j’en raffole. Pas le temps ! Personne ne me dépassera, même pas la moto de police électrique.

Je fonce tout droit sur le banc à bandes horizontales bleues et blanches, vestige de la station. Au dernier moment, je dérape face à la vieille mémé choquée. Je m’en tape, je vois la Rotonde de Westende au loin, un clin d’œil à Jean en passant. Ma grand-mère est secrètement amoureuse du patron de la brasserie Iceberg. On va y déguster des glaces à plusieurs boules ornées du sillon de crème fraîche. Ma sœur Valérie se bidonne, dès que la patronne prononce le mot fouetté en mousse avec son accent néerlandophone. Elle l’imite à la perfection. Je ris à m’étouffer.

Les cabines de plage alignées défilent au passage. Je sens l’odeur de nos jouets de plage dans la maisonnette en bois louée par Mamy. Je respire la brise iodée. Je m’sens bien !

Tac ! tac ! tac ! le maillet frappe le pilier pointu qui s’enfonce dans le sable tiède. La tente solaire se plante sur notre été. Le voisin campe fièrement son parasol orange à l’effigie de la trappiste Chimay. Sa gamine dispose fièrement les fleurs de papier crépon. J’ai chaud, je sirote un Capri-Sonne dans son étrange emballage, le goût de l’orange préservée dans l’aluminium pour cosmonautes me propulse d’une nouvelle glissade. Mes yeux scintillent dans le reflet du bac à ballons multicolores du Grand Bazar.

Marche arrière sur les rollers bleu et jaune parfaitement plantés, le pas bien connu, régulier, je le répète, avec constance, pour accélérer le tourbillon.

J’entraîne avec moi tout le littoral de mes vacances. La bande de copains, qui n’existe que dans mon imagination fantasmée, me rejoint. J’ai bien rencontré le bel Indien Nelson avec qui j’ai échangé un baiser mais je n’ai pas les potes sortis des magazines de mode que j’invente pour mes copines éberluées. C’est ici que je les retrouve, chaque été. Je raconte des histoires, elles m’écoutent. Pire ! les pauvrettes me croient. Sophie, sale gamine !

Tous en rollers pour le grand saut ! Je tournoie dans les hula-hoops à rayures, entre les jokaris et les raquettes en bois. Je frôle du bout des doigts les boules de pétanque, les striées bleues, mes préférées et les argentées toute lisses des adultes. Emerveillée ! Le cochonnet bien rangé cligne sur le distributeur de chiques. J’ai envie de les croquer, d’abord l’étoilée.

Je chipe un foulard bariolé « made in China », la respiration haletante. « Grande, je voyagerai en Asie ! » Je respire intensément le confort réconfortant des bourrelets tendres de ma grand-mère. Je veux voir le monde. Le tram, sur la route parallèle, chemine. Le son cadencé typique trotte dans ma tête. La chenille de wagons avance sur un chemin sans surprises. De Knokke à La Panne. Tacatac ! tacatac ! Retour, de La Panne à Knokke. Tacatac ! Arrêt, on descend. J’irai plus vite que lui. Terminus. Les rails explosent, sur un avenir d’évasion. Plus loin. Pas de fin. Je patine de plus belle. « Libre ! »

Les images rapides de mes parents et de mes sœurs défilent. Amour et colère, tendresse et révolte. Un rythme haché balaie mon enfance. Différences et similitudes. Je touche la plénitude. Rebelle, je les aime, si fort. Je décélère, je flâne au-dessus du bitume.

Tout en finesse, je prends à nouveau appui sur le pied droit et, dans une figure aérienne, reprends mon avancée, en marche avant, vers ma grand-mère adorée.

 

La glissade en vidéo, le long du Pacifique :

A propos de l'auteur

Magisophienne

ECRIVAINE - JOURNALISTE - ORATRICE - MENTOR. Passionnée par l’Homme captivant et les connexions illimitées entre les êtres, Sophie, telle une Magicienne, éveille, révèle et déploie les Possibles. Un pas plus loin vers toujours plus de conscience de Soi, de l'Autre et du monde qui nous entoure. Dynamique et spontanée, elle écrit, parle, inspire, rassemble, connecte, écoute et guide, en croisant les supports médiatiques. Ses messages porteurs de sens se transmettent toujours dans le langage du coeur. Aiguillonnée par une irrépressible soif des Autres, Sophie émeut au travers de mots vivifiants, éclairés par son intuition infuse, avec audace et authenticité. Un seul mot d’ordre : OSER. Oser exprimer, oser s’exprimer. Se rêver et réaliser. Reflet pour chacun, Sophie favorise la rencontre à Soi par la présence à l’Autre.

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